mardi 17 février 2015

Assez mentir.

" En l'an 740 avant notre ère, l'armée de Sparte envahit la petite Messénie. Ce fut une guerre acharnée, sans pitié, où les deux petites nations perdirent dans les massacres le tiers de leur population, le reste étant décimé par les famines et les épidémies. Après vingt ans de guérilla dans les montagnes, les derniers Messéniens se rendirent, épuisés. Mais Sparte ne valait guère mieux.


 


  Sur leurs terres ravagées, il s'ensuivit un demi-siècle de paix fourbue, pendant laquelle les deux nations lentement relevaient leurs ruines. "Plus jamais ça!", disaient les survivants, qui conservaient de trop d'horreurs un souvenir atterré. La vie dans l'archipel redevenait aimable et douce. La guerre fut oubliée. Les jeunes nés après elle, et qui n'en avait rien connu, refusaient d'y penser: pour eux c'était le Déluge, la préhistoire. Ils plaisantaient ce qui restait des anciens combattants parce que, borgnes, boiteux ou perclus, ils devenaient vieux et radoteurs.


 


  Il y avait eu, après la saignée, énormément de naissances. La Messénie put se refaire une armée, nombreuse et dynamique. Quand elle fut assez forte, elle trouva l'appui d'Argos et de l'Arcadie et, par surprise, fondit sur Sparte. Ce fut une guerre acharnée, sans pitié, où les deux nations perdirent dans les massacres le tiers de leur population, le reste étant décimé par la famine et les épidémies. Après quelques années de carnages mutuels, les Messéniens, épuisés, durent se rendre. Mais Sparte était ravagée.


 


  Il s'ensuivit un demi-siècle de paix dans l'archipel. "Plus jamais ça!", disaient les survivants qui conservaient de trop d'horreurs un souvenir atterré. La vie redevint aimable et douce. La guerre fut oubliée. Les jeunes, nés après elle et qui n'en avaient rien connu, refusaient d'y penser. Pour eux c'était le Déluge. Ils plaisantaient les radotages des anciens combattants et préféraient commenter, de loin, la révolte des Perses contre les Mèdes, leurs victoires sur l'empire lydien, sur Babylone, sur l'Egypte, sur l'Inde et admiraient ses conquérants farouches. Lesquels fondirent sur eux sans prévenir. Ce fut une belle tuerie. La guerre dura quarante ans, acharnée, sans pitié. Les armées fondaient comme du beurre, ruinant les populations, que décimèrent les famines et les épidémies. A la fin toutefois, les Perses épuisés renoncèrent, vaincus successivement à Marathon, à Salamine et à Platée. Athènes était glorieuse, mais non moins épuisée.


 


  Il s'ensuivit, avec Périclès, vingt ans de paix dans l'archipel. La vie y redevint aimable et douce. On oublia la guerre, ses désastres et ses dévastations. "Plus jamais ça!", disaient encore les vieux, mais les jeunes, qui n'en avait rien connu, refusaient d'y penser et s'en moquaient éperdument. Salamine et Platée, pour eux c'était le Déluge. Ils plaisantaient les anciens combattants - avant de se précipiter, à leur tour, dans une nouvelle tuerie.


 


   Et caetera. Et caetera et caetera.


  
              ( Vercors dans  "Assez mentir" aux Editions Ramsay )
 
 



 
Source photos: Google Images
 

vendredi 13 février 2015

Le monde d'aujourd'hui et de demain.

"Qui gouverne l’internet ? C’est la question que se pose l’Atelier des médias cette semaine avec la revue trimestrielle Politique Étrangère.

Les enjeux de l’internet, de sa gouvernance, de ses tuyaux, de sa neutralité, sont complexes, abstraits, rebutants. Pourtant, c’est en grande partie dans leur compréhension et dans la défense de valeurs liées à l’internet et à son réseau que se construit le monde d’aujourd’hui et de demain."


Lire la suite:

http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/qui-gouverne-internet


mardi 10 février 2015

Pourquoi écrire?

"Il y a quelques années, une revue avait posé cette question aux gens de lettres: "Pourquoi écrivez-vous?" La plupart répondirent par des boutades, comme celle de Morand: "J'écris pour être riche et honoré." C'était s'amuser à confondre les motifs immédiats avec les plus profondes raisons. Cette raison profonde m'apparaît être dans l'instinct qui nous pousse à ne pas demeurer seuls. Un écrivain est essentiellement un homme qui ne se résigne pas à la solitude. Chacun de nous est un désert: une œuvre est toujours un cri dans le désert, un pigeon lâché avec un message à la patte, une bouteille jetée à la mer. Il s'agit d'être entendu, fût-ce par une seule âme. Il s'agit que notre pensée, et, si nous sommes romancier, que nos créatures, qui sont la part la plus vivante de nous-mêmes, soient accueillies par d'autres intelligences, par d'autres cœurs, soient comprises, soient aimées. Un auteur qui vous dit: "J'écris pour moi seul, il m'est indifférent d'être ou non entendu..." c'est un orgueilleux qui nous trompe ou qui se trompe lui-même. Tout homme souffre d'être seul. L'artiste est celui pour qui et en qui cette souffrance prend corps. Baudelaire a raison d'appeler le artistes des phares : ils allument un grand feu dans les ténèbres; ils brûlent eux-mêmes  pour que le plus possible de leurs frères soient attirés. "

François Mauriac, Essais, Dieu et Mammon, 1927.

Source dessin : Philippe Geluck.
Trouvé sur Google Images.

lundi 9 février 2015

Buvons!

Source photo: Google Images, neige, Tarn.
 
 
Ciel de brume ; la tempête
Tourbillonne en flocons blancs,
Vient hurler comme une bête,
Ou gémit comme un enfant,
Et soufflant soudain pénètre
Dans le vieux chaume avec bruit,
Elle frappe à la fenêtre,
Voyageur pris par la nuit.

La chaumière est triste et sombre,
Chère vieille, qu'as-tu donc
A rester dans la pénombre,
Sans plus dire ta chanson ?
C'est la bise qui résonne
Et, hurlant, t'abasourdit ?
Ou la ronde monotone
Du fuseau qui t'assoupit ?

Mais buvons, compagne chère
D'une enfance de malheur !
Noyons tout chagrin ! qu'un verre
Mette de la joie au cœur !
Chante comme l'hirondelle,
Doucement vivait au loin ;
Chante-moi comme la belle
Puisait l'eau chaque matin.

Ciel de brume ; la tempête
Tourbillonne en flocons blancs,
Vient hurler comme une bête
Ou gémit comme un enfant.
Mais buvons, compagne chère
D'une enfance de malheur !
Noyons tout chagrin ! qu'un verre
Mette de la joie au cœur !


Pouchkine, 1825

dimanche 8 février 2015

Temps de neige: ni ciel ni terre.

Château du Sendat - Casteljaloux.
 
Il n'y a plus ni ciel ni terre rien que la neige qui tombe sans fin   Hashin (Munier)

mardi 3 février 2015

L'engrenage infernal.

"Semez pour la justice, moissonnez pour la bonté." (Osée, 10-12)
 

"Vous avez cultivé le mal, moissonné le péché, mangé le fruit du mensonge." (Osée, 10-13)

Nous n'aurions pas dû accueillir, protéger, soigner, "coucouner" et renvoyer en Iran l'ayatollah Khomeiny. Nous n'aurions pas dû armer, financer les glorieux combattants de la liberté afghans, parents naturels d'Al Quïda. Nous n'aurions pas dû participer à la guerre du Golfe. Nous n'aurions pas dû intervenir militairement en Libye. Daesh est le fruit du mensonge des prétendues armes de destruction massive dont nous avons pris prétexte pour attaquer l'Irak. Daesh est le fruit de notre intervention militaire en Libye. Et maintenant comment allons-nous sortir de cette engrenage infernal?

Source photo: Google Images.

lundi 2 février 2015