samedi 25 juillet 2026

Il était le maître

 

 

Il était « le maître », maître d’école, comme on disait à l’époque, et, avec lui, on filait doux, petits et grands. Son bureau trônait sur l’estrade, le tableau était noir, les cartes Vidal-Lablache pendaient au mur, celle de la France, au centre, s’imprimait dans nos jeunes esprits ; ses fleuves et ses mers, ses montagnes et ses plaines… Il faisait de l’encre dans une bouteille en mélangeant de l’eau et de la poudre violette et la versait dans les encriers de nos pupitres, qui grandissaient avec nous ; c’était une classe unique de village qui mêlait petits et grands. Il était devenu instituteur tout jeune homme en 1939, alors qu’il allait entrer à l’école normale, car les plus âgés étaient mobilisés.

Il y avait la morale pour commencer la journée, suivie d’une ligne d’écriture avec pleins et déliés et le calcul – les surfaces, les règles de trois –, la dictée, la récitation, la lecture de fin de matinée – une page de Sans Famille que nous écoutions religieusement. L’après-midi, c’était histoire, géographie, leçon de choses… Il était de gauche, militait à la Ligue de l’enseignement et était ami avec le curé, dont il partageait l’origine sociale, tous deux étant fils de famille paysanne. Il s’appelait M. Cholet, il fut mon maître.

Christine Pedotti

 Source: "Les cahiers du Témoignage Chrétien", été 2026

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