samedi 30 mai 2026

La guerre des perdants


 

 

 

L’attaque israélo-américaine contre l’Iran, le 28 février 2026, a replongé le Moyen-Orient dans la guerre. Or, si l’axe Washington-Tel Aviv a rapidement imposé sa domination militaire, sa victoire est loin d’être acquise. Après deux mois de guerre, aucun accord sur le programme nucléaire de Téhéran n’est en vue, le fossé stratégique entre Trump et ses alliés européens s’est creusé, et la stratégie de guerre asymétrique dans le détroit d’Ormuz permet à l’Iran de monnayer d’importantes concessions politiques de la part des États-Unis et d’Israël. Tandis que les rapports de forces régionaux sont en partie figés, les répercussions du conflit sur le coût de la vie et la stabilité politique globale s’aggravent, au point que le directeur de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, estime que le conflit a précipité la « plus grande menace pour la sécurité énergétique mondiale de l’histoire ».

La guerre des perdants

 Les populations civiles, et notamment en Iran, subissent doublement les effets les plus destructeurs de cette guerre, sous le coup de bombardements israélo-américains continus, mais aussi d’une répression étatique brutale et renforcée, de coupures d’Internet et d’une détérioration accélérée de leurs conditions de vie. Les déclarations répétées de Trump et de Netanyahou en faveur des mouvements de résistance de la société civile iranienne, voire d’un changement de régime, n’ont rien changé à cet état de fait. Trop souvent les appels à soutenir la société civile et ses attentes ne sont que le masque de calculs stratégiques des États qui en méconnaissent les dynamiques propres.

Or, s’il incombe à Washington, Téhéran et Tel Aviv de mettre fin aux bombardements et aux blocus, aucun d’entre eux n’est plus en mesure aujourd’hui de se réclamer d’une victoire. L’administration américaine a trahi ses orientations non interventionnistes et en paie le prix auprès de son opinion publique, Israël est toujours plus isolé sur la scène internationale, et la République islamique se retrouve décapitée de ses plus hauts dirigeants. Derrière la fumée aveuglante des politiques de puissance, une société subsiste pourtant, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Iran, qui s’exprime, espère et lutte pour les droits et libertés que l’on s’acharne depuis si longtemps à lui refuser. Alors même que cette guerre ne semble produire que des vaincus, c’est de ses rangs que pourrait venir la seule victoire qui vaille.

La rédaction de la revue Esprit

 

Fondée en 1932 par Emmanuel Mounier, Esprit est une revue, c’est-à-dire un lieu de vie intellectuelle, animé par un collectif d’hommes et de femmes issus d’horizons divers, pour penser la politique, les idées et la culture aujourd’hui, à l’attention d’une communauté de lecteurs désireux de mieux comprendre le monde qui vient.

À la croisée du numérique et de l’imprimé, Esprit propose un numéro mensuel, une infolettre hebdomadaire, des podcasts et des vidéos, des rencontres et des débats à la revue et en dehors – autant d’objets éditoriaux qui concourent à cette ambition d’éclairage de ce qui nous arrive.

La diversité et la mobilisation de son collectif lui permettent d’élaborer une programmation ambitieuse et ouverte, faisant le pari du croisement des points de vue et des regards disciplinaires, attentive autant à l’actualité et à ce qui « fait évènement » qu’aux mouvements profonds qui traversent nos sociétés. Cette diversité des regards se traduit dans différents formats, entre décryptage de l’actualité, analyse de fond, texte d’opinion, critique littéraire ou artistique.

https://esprit.presse.fr/ressources/dossiers-thematiques 

mardi 26 mai 2026

Parfois il vaut mieux boîter

 

 Le pélerinage à Notre Dame des Champs de Beyrac a eu lieu le lundi de Pentcôte. Les participant.e.s se sont retrouvés à 10 heures devant la mairie de La Réunion. Ils se sont ensuite dirigés vers la chapelle par une agréable route de campagne très ensoleillée. Tout au long de la marche se sont succèdés prières et chants. 

"Il vaut mieux suivre le bon chemin en boitant que le mauvais d'un pas ferme."
 
Saint Augustin  

 Avant la messe de 11 heures le père François a béni les champs que l'on aperçoit depuis l'entrée de la chapelle. Les caprices de la météo que nous connaissons depuis quelques années viennent nous rappeler que pendant des centaines d'années des générations de femmes, d'hommes, d'enfants, de vieux, de jeunes,  n'ont pas connu l'assurance maladie, incendie, vol, chômage. Certains alors s'en remettaient à Dieu et priaient pour sa clémence et sa protection.

 A l'entrée de la chapelle, à droite, sur une table, dans un cadre, il est possible de lire le texte suivant:

"Vers l'an 475, en Gaule, Saint-Mamert, évêque, établit la fête des Rogations (1) avec une procession et un rituel précis. "Nous y prierons le Seigneur de nous garantir de la peste, de la grêle, de la sécheresse, de nous accorder un temps favorable pour la santé des corps et la fertilité de la terre, de nous faire jouir de la paix et de la tranquillité, de de nous pardonner nos péchés." Il fit accompagner ces processions du chant des Litanies des Saints déclamé de façon alternée durant les processions.

C'est à Beyrac, authentique église du Moyen Âge que se rejoignaient les processions conduites bannières en tête par les fidèles de Casteljaloux, Moncassin, Villefranche, Fargues, Couthures, le Sendat. Elles furent stoppées en 1984 par l'interdiction de pénétrer dans l'église de Beyrac dont la toiture, reposant sur des poutres aux extrémités pourries à hauteur des murs extérieurs de la partie Est de la sacristie, se serait brusquement effondrée.

C'est à ce moment là que fut créée l'association officielle dite "pour la sauvegarde de Beyrac" , au nom de laquelle les réparations ont été faites. Association qui continue à assurer la conservation de l'église et à maintenir la tradition."

A la fin de la messe des merveilles ont été vendues au profit de l'association qui entretient l'église de Beyrac. La municipalité de La Réunion entretient bien le site.

Jean-François Sadys 

(1) Rogations: nom féminin pluriel. Religion catholique. Cérémonies dont le but est d'attirer les bénédictions divines sur les travaux des champs.  Source: dictionnaire Le Robert. 

 

vendredi 22 mai 2026

Antonio Machado

 

 

Caminante, no hay camino,           Toi qui chemines, il n’y a pas de chemin

Todo pasa y todo queda,               Tout passe et tout reste

Pero lo nuestro es pasar                Mais il nous revient de passer

Pasar haciendo caminos                Passer en faisant des chemins

Caminos sobre el mar ( …)            Des chemins sur la mer ( …)

 

Caminante, son tus huellas,         Toi qui chemines, ce sont tes traces,

El camino y nada más ;                  Le chemin et rien de plus ;

Caminante, no hay camino,         Toi qui chemines, il n’y a pas de chemin,

Se hace camino al andar.             Le chemin se fait en marchant

 

Al handar se hace camino              En marchant le chemin se fait

Y al volver la vista atrás                 Et quand on se retourne pour voir

Se ve la senda que nunca              On voit le sentier que jamais

Se ha de volver a pisar ( …)           L’on n’aura plus à fouler ( …)

 


Quand

                             

                            "Quand on interroge le passé il répond présent".

                                                            Sacha Guitry 

 

mercredi 20 mai 2026

Sandrine Collette


 
 Ils se toisent. Madelaine mesure une tête de moins que lui, pèse la moitié de son poids, elle a l'âge de Mayeul. Et oui, c'est une fille. Elle restera plus fine et plus petite. Germain l'observe de haut. Il la renvoie. Il dit : à la maison. Rentre chez toi. Quand elle refuse, il la bouscule. Il n'est pas rare qu'ils s'empoignent, et nous ne savons pas quoi faire, Artaud, Mayeul et moi, nous attendons que cela passe . Cela ne sert à rien d'y aller, qu'à envenimer les choses. J'ai gueulé une ou deux fois et cela ne m'a servi qu'à prendre une beigne de Germain. La dispute finit toujours pareil : Madelaine part en criant des injures, et puis elle se tait, pour que nous n'entendions pas les sanglots.
 
Je rentre avec elle. Je marche derrière en silence. Je ne sais pas si elle se rend compte que je suis là, ou elle s'en moque, et je comprends, nous ne l'avons pas soutenue, pas aidée. Nous revenons aux Montées, je m'arrête chez Rose, la petite me boude. Je la vois qui court vers les fermes, qui court vers les silhouettes d'Ambre et Aelis, la première qui la devine, qui l'appelle, elle se jette. Leurs bras se referment autour d'elle et je la perds. Leur monde m'est étranger; c'est un monde de femmes où on a le droit d'être chagrin, un monde qui m'échappe, je n'ai jamais entendu pleurer Eugène ni ses fils, ni aucun des hommes de La Foye. Madelaine pleure de rage, de dépit, d'impuissance, ce sont des larmes tout de même. Dans les bras des soeurs, elle s'abandonne. On l'embrasse, on l'apaise. On la consolide. 
 
Nous, nous n'avons que les coups et l'entêtement à nous redresser pour nous rendre forts. Nous observons ce tout petit univers que forment les femmes entre elles, que nous leur envions, nous aussi nous aimerions que l'on nous console, quand la vie nous accable, nous l'espérons de toute notre âme. Mais personne ne réconforte les hommes. Ils n'en ont pas besoin. Nous sommes dévorés par ce devoir de puissance, obligés d'être invulnérables, de refouler nos peurs et nos désespoirs au fond de nos ventres. Nous crevons du manque d'amour. 
 
 
 

Il vaut mieux...

 

 
"Il vaut mieux suivre le bon chemin en boitant que le mauvais d'un pas ferme."
 
Saint Augustin  

lundi 18 mai 2026

Bastia 2026

 

 
Site naturel protégé du Lido de la Marana
 
Commune du Furiani