Être ou ne pas être…foot
Le foot est sans doute aujourd’hui la
première religion du monde. Elle a ses adeptes, ses croyants, ses
pratiquants, ses idoles, ses rites et elle est répandue sur la planète
entière. Soulignons que c’est une religion principalement masculine –
encore une – car, s’il y a des joueuses et des supportrices, elles sont
toujours minoritaires et marginales.
La victoire finale du Paris-Saint-Germain
samedi soir en Ligue des champions est venue rappeler le foot à notre
mémoire à quelques jours de l’ouverture de la Coupe du monde 2026,
organisée outre-Atlantique par le Canada, les États-Unis et le Mexique.
Vu de façon positive, le foot est un grand
moment de communion locale ou nationale, souvent intergénérationnelle –
les pères emmènent leur fils au match – et populaire – ce n’est pas un
sport bourgeois. C’est aussi un lieu de lien social, et les petits clubs
locaux bénéficient de l’engagement de nombreux bénévoles. Entraîneurs
et présidents de club se dévouent au service de jeunes qui trouvent là
un espace de vie collective.
La face négative est celle de l’argent,
celui que les clubs dépensent, celui des joueurs stars, des droits
d’exploitation audiovisuelle, celui des sponsors et des marques, qui
achètent et vendent à prix d’or leur image, alliée à celles des clubs et
des idoles. Le foot est aussi un très très gros veau d’or.
On notera avec étonnement que les plus
ardents défenseurs de la laïcité ne demandent pas la séparation du foot
et de l’État et que tout le monde trouve normal que les municipalités
financent à grands frais les constructions ou les rénovations des
stades. « Du pain et des jeux » n’est pas un slogan nouveau, mais quand
même !
Reste que cette communion et ses rites
prennent des formes très discutables quand elles conduisent à exprimer
la liesse par la casse, ce qui fut le cas à Paris et dans de nombreuses
villes de France après la victoire du PSG. Les sociologues parlent
savamment de « carnaval », ce moment d’inversion des normes où les sages
font les fous et les serviteurs prennent la place des maîtres. Il y a
sans doute de la revanche sociale quand la jeunesse reléguée prend
d’assaut les Champs-Élysées. On peut la juger durement, mais
demandons-nous aussi quel avenir lui est ouvert.
Christine Pedotti dans le journal Témoignage Chrétien