... et un pape aussi bon et génial soit-il ne fait pas l'Eglise catholique...
Voici ce qu'a écrit le père Clément Barré sur le site internet Aletia:
La mission politique de l’Église est portée par la parole de ses autorités, mais aussi par les laïcs, dans le domaine de l’action. Le père Clément Barré, qui publie en octobre "Je ne voulais pas d'un père – le combat des enfants de Dieu" (Cerf), rappelle que la vocation des laïcs n’est pas de juger ou de commenter, mais de s’engager.
Dans ma précédente chronique, j’interrogeais la tentation concordataire de la hiérarchie de l’Église en France. Mais la question de l’engagement du chrétien dans la cité n’est pas d’abord un enjeu clérical. À la tentation concordataire de l’institution répond, chez les fidèles, une tentation symétrique : celle du spectateur. On souligne souvent, à juste titre, la marginalisation croissante des catholiques dans leur propre pays et la difficulté, pour la République française, à se réconcilier avec son identité historique. Mais il serait trop simple d’en faire le récit d’une dépossession entièrement subie.
Préserver sa pureté
Déjà sous la IIIe République, les grandes lois anticléricales sont votées dans un pays composé encore majoritairement de catholiques pratiquants. Comment un catholicisme aussi enraciné a-t-il pu se retrouver si vite politiquement marginalisé ?
Une part de la réponse tient aux catholiques eux-mêmes. Beaucoup demeuraient occupés à défendre la monarchie comme système et à se diviser sur le prétendant légitime, au lieu de se saisir de la République pour y défendre le bien commun.
Léon XIII avait compris le problème en appelant au Ralliement ; il ne fut que partiellement entendu. L’Église a su se mobiliser mais elle n’a pas su transformer sa mobilisation en victoire. Le réflexe n’a pas disparu. Hier, la République était récusée comme illégitime par nature ; aujourd’hui, ce sont souvent tous les partis qui sont rejetés parce qu’aucun ne correspond pleinement à nos principes. Le prétexte change, la posture demeure : rester au-dehors pour préserver sa pureté.
L’arène du compromis
C’est ce rapport au politique qu’il faut interroger. Le catholique devient volontiers commentateur : il juge, condamne, déplore, mais répugne à entrer dans l’arène, c’est-à-dire dans le compromis, la durée, l’organisation et le rapport de force. En matière politique, les catholiques ont les mains propres. Mais ils n'ont pas de mains.
Nous avons appris à mieux résister ; nous n’avons pas encore appris à participer au gouvernement.
La Manif pour tous l’a montré avec éclat. Elle fut une mobilisation massive, mais aussi le révélateur d’un profond amateurisme politique : divergences sur le degré d’implication de l’Église, tensions entre figures du mouvement, communication brouillée, difficulté à faire émerger une véritable contre-proposition, incapacité à transformer les controverses sur le maintien de l’ordre en avantage politique, débordements de groupes radicaux mal maîtrisés.
L’Église a su se mobiliser mais elle n’a pas su transformer sa mobilisation en victoire.
Durablement présents
La bataille autour de la loi sur la fin de vie a montré un apprentissage. Le combat s’est davantage distribué selon les compétences : aux soignants et aux associations spécialisées l’expertise, le plaidoyer et le travail législatif ; aux évêques la parole anthropologique et morale. Cette spécialisation est plus mûre. Elle évite aussi à l’institution ecclésiale d’être seule en première ligne politique, au risque de brouiller sa mission pastorale et de transformer un désaccord doctrinal en affrontement partisan. Mais elle n’a pas réussi à transformer une véritable opposition en mouvement populaire.
Une Église plus prophétique suppose des laïcs plus politiques.
Cette professionnalisation de la résistance ne résout pas tout. Elle montre même ce qui manque encore : des catholiques durablement présents dans les partis, les cabinets, les médias, l’université, la haute administration, bref dans les lieux où se construisent les décisions avant qu’il ne soit nécessaire de descendre dans la rue pour les contester. Nous avons appris à mieux résister ; nous n’avons pas encore appris à participer au gouvernement. On le voit très concrètement dans nos aumôneries étudiantes ou chez nos chefs scouts. Combien de jeunes catholiques se destinent à la haute fonction publique ? Au journalisme ? À l’université ? À l’enseignement ? Comparons ce nombre à celui des futurs ingénieurs, des étudiants en école de commerce ou des futurs élèves officiers.
Des laïcs plus politiques
Le catholicisme français étant aujourd’hui largement bourgeois dans sa sociologie, il n’est guère surprenant d’y retrouver certains réflexes propres à la bourgeoisie : une estime plus spontanée pour les métiers de l’argent, de la technique ou des armes que pour ceux de la connaissance, de la transmission ou du service public. Mais ce travers devient plus grave lorsqu’il est celui de catholiques. Ceux-ci devraient placer au sommet de leur hiérarchie des valeurs la recherche de la Vérité et le service du prochain. En investissant si peu ces métiers, ils s’éloignent précisément des lieux où se pense, se transmet et se gouverne le pays.Une Église plus prophétique suppose des laïcs plus politiques. Aux pasteurs de former les consciences, de rappeler les principes et de dire la vérité sans calcul. Aux laïcs de prendre le risque de la médiation politique : choisir, négocier, servir, gouverner, accepter l’imperfection sans renoncer à leurs convictions. Si les catholiques veulent cesser d’être marginalisés, ils devront peut- être commencer par cesser d’être spectateurs.
Source: https://fr.aleteia.org/2026/09/16/election-presidentielle-chez-les-laics-la-tentation-du-spectateur/





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