mercredi 20 mai 2026

Sandrine Collette


 
 Ils se toisent. Madelaine mesure une tête de moins que lui, pèse la moitié de son poids, elle a l'âge de Mayeul. Et oui, c'est une fille. Elle restera plus fine et plus petite. Germain l'observe de haut. Il la renvoie. Il dit : à la maison. Rentre chez toi. Quand elle refuse, il la bouscule. Il n'est pas rare qu'ils s'empoignent, et nous ne savons pas quoi faire, Artaud, Mayeul et moi, nous attendons que cela passe . Cela ne sert à rien d'y aller, qu'à envenimer les choses. J'ai gueulé une ou deux fois et cela ne m'a servi qu'à prendre une beigne de Germain. La dispute finit toujours pareil : Madelaine part en criant des injures, et puis elle se tait, pour que nous n'entendions pas les sanglots.
 
Je rentre avec elle. Je marche derrière en silence. Je ne sais pas si elle se rend compte que je suis là, ou elle s'en moque, et je comprends, nous ne l'avons pas soutenue, pas aidée. Nous revenons aux Montées, je m'arrête chez Rose, la petite me boude. Je la vois qui court vers les fermes, qui court vers les silhouettes d'Ambre et Aelis, la première qui la devine, qui l'appelle, elle se jette. Leurs bras se referment autour d'elle et je la perds. Leur monde m'est étranger; c'est un monde de femmes où on a le droit d'être chagrin, un monde qui m'échappe, je n'ai jamais entendu pleurer Eugène ni ses fils, ni aucun des hommes de La Foye. Madelaine pleure de rage, de dépit, d'impuissance, ce sont des larmes tout de même. Dans les bras des soeurs, elle s'abandonne. On l'embrasse, on l'apaise. On la consolide. 
 
Nous, nous n'avons que les coups et l'entêtement à nous redresser pour nous rendre forts. Nous observons ce tout petit univers que forment les femmes entre elles, que nous leur envions, nous aussi nous aimerions que l'on nous console, quand la vie nous accable, nous l'espérons de toute notre âme. Mais personne ne réconforte les hommes. Ils n'en ont pas besoin. Nous sommes dévorés par ce devoir de puissance, obligés d'être invulnérables, de refouler nos peurs et nos désespoirs au fond de nos ventres. Nous crevons du manque d'amour. 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

2 commentaires:

  1. https://www.youtube.com/watch?v=6rrBH8fXEUA&t=61s

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  2. https://fr.wikipedia.org/wiki/Sandrine_Collette

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